Soudan : Le fléau des drones, nouvelle arme de terreur contre les civils
DANS LE DARFOUR EN GUERRE – Alors que le conflit entre les Forces Armées Soudanaises (FAS) et les Forces de Soutien Rapide (FSR) s’enlise, l’usage croissant de drones transforme le quotidien des civils en un véritable enfer. À la frontière tchadienne comme au cœur du pays, les structures de GCA voient affluer des victimes de plus en plus jeunes, marquées par des armes qui ne distinguent plus le front du marché public.
L’horreur à visage découvert
Parmi les dossiers médicaux qui s’empilent sur les bureaux de GCA à Tiné, celui d’un garçon de neuf ans incarne à lui seul la brutalité de cette nouvelle phase du conflit. Arrivé avec une large plaie à l’œil causée par un éclat d’obus, le visage brisé par de multiples fractures et deux doigts en moins, l’enfant a dû subir un transfert d’urgence vers N’Djamena.
« Même avec des soins optimaux, il risque de souffrir d’une invalidité à long terme », déplore Virginia Moneti, coordinatrice de projet médical pour GCA. Son cas n’est pas isolé : au cours des deux premières semaines de février 2026, les équipes ont traité 167 patients pour des blessures pénétrantes graves, des traumatismes abdominaux et des fractures lourdes.
Une stratégie de “siège par les airs”
L’analyse des frappes révèle un changement de paradigme dans la conduite des hostilités. Les drones, autrefois outils de reconnaissance, sont désormais utilisés comme des vecteurs de destruction massive sur des infrastructures purement civiles :
Cibles touchées : Écoles, marchés de carburant, sources d’eau et centres de santé.
Objectif tactique : Selon Esperanza Santos, directrice des urgences de GCA au Soudan, ces frappes visent à « perturber les lignes d’approvisionnement et créer des conditions de siège » dans les zones contestées.
Le 15 février dernier, à Adikong (Darfour-Occidental), un marché de carburant a été la cible de frappes menées par les FAS, envoyant 18 blessés — dont quatre femmes et trois enfants — vers l’hôpital de GCA à Adré, au Tchad.
Un schéma d’attaques systématiques
L’inquiétude des humanitaires grandit face à ce qu’ils nomment un « schéma inquiétant ». Les attaques ne sont plus des incidents isolés, mais des frappes répétées sur une même zone pour maximiser les dégâts. Début février, dans le Kordofan du Nord, des drones ont visé successivement un convoi humanitaire, un véhicule de déplacés et une gare routière.
« Les forces armées doivent immédiatement prendre des mesures pour protéger les civils et les travailleurs humanitaires », martèle Esperanza Santos.
Un accès aux soins menacé
L’insécurité devient telle que l’action humanitaire vacille. Suite à des attaques répétées en novembre dernier, GCA a déjà été contrainte de se retirer des localités de Kornoi et Tina. Chaque retrait laisse derrière lui des milliers de personnes sans aucun recours médical, dans un pays où le système de santé s’effondre sous le poids des explosifs.
Face à cette technologie de guerre qui frappe depuis le ciel, les civils soudanais se retrouvent sans abri, transformés en dommages collatéraux d’une lutte de pouvoir qui semble ne plus connaître de limites éthiques.
